La Menace plane sur nos semences
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Terre de Semence, qui produit et distribue depuis
cinq ans des semences issues de l'agriculture biologique et bio-dynamique, est
gravement menacée dans sa survie, et surtout quant à sa capacité
d' oeuvrer "pour la protection de la biodiversité". Son catalogue
présente près de 1400 variétés ou espèces
de plantes potagères, à grains, condimentaires et florales : 300
variétés de tomates de toutes les couleurs, 120 de laitues, 80
de courges, 120 de piments, etc.
Un catalogue français, officiel, déterminera dorénavant
les variétés commercialisables.
Parmi les espèces alimentaires, ne sont inscrites pour l'instant que
les variétés hybrides F1 ou des variétés fixées
protégées pendant 20 années. Pour une espèce comme
la tomate, il n'y a dans ce catalogue que 2 % des variétés fixées
qui sont dites "du domaine public", à savoir non protégées
et en libre circulation.
( ) L'éradication des anciennes variétés et leur remplacement par des variétés hybrides F1 a généré un marché totalement captif puisque, par essence, ces variétés ne sont pas reproductibles : jardiniers, maraîchers et agriculteurs doivent donc les racheter tous les ans. Afin de "légaliser" notre travail, et celui de quelques autres uvrant dans la même dynamique de protection des ressources génétiques, un arrêté ministériel a ouvert en décembre 1997 un registre "variétés anciennes pour jardiniers amateurs". Selon cet arrêté, pour qu'une variété puisse être inscrite dans le catalogue, il faut :
- prouver qu'elle a plus de 15 ans d'âge,
- prouver qu'elle est vraiment distincte, homogène, stable ; et l'avoir
en champ d'expérimentation pour que les contrôleurs des Services
de l'Etat puissent venir réaliser des inspections d'identité et
de
pureté variétale,
- payer un demi droit, à savoir 1 450 F par variété !
Une fois l'inscription obtenue la vente ne peut s'opérer qu'en France
et exclusivement à des jardiniers amateurs (mention claire obligatoire
sur chaque sachet).
Ce cadre légal est totalement inacceptable :
Nous refusons de prouver que nos variétés ont 15 ans d'âge.
D'ailleurs comment le prouver ? Si certaines ont été inscrites
sur des catalogues commerciaux ou mentionnées dans des anales historiques,
il en existe de beaucoup plus ancienne qui n'ont jamais été commercialisées
et qui donc ne figure nulle part ; ce sont des cultures régionales, villageoises
ou même simplement familiales. Nous refusons les questionnaires complexes,
en 22 points, du GEVES quant à la détermination botanique de chaque
variété : fasciation de la fleur, assise d'abscission du pédoncule,
taille de l'attache pistilaire, etc.
Ce que nous refusons surtout c'est le déterminisme qui tend à fixer l'homogénéité et la stabilité d'une plante. Le vivant est synonyme d'évolution ! Et d'autant plus si la plante a été cultivée dans le respect de son environnement : elle est en effet dans ce cas beaucoup plus sensible aux divers facteurs du biotope (sol, conditions climatiques, rythmes saisonniers ).
Enfin, nous refusons de payer quelle que somme que ce soit pour avoir le droit de protéger les ressources génétiques et nous sommes même persuadés que nous devrions être soutenus financièrement par l'Etat pour notre dynamique de conservation. Pourquoi devrions-nous payer pour maintenir en vie des anciennes variétés qui sont le patrimoine de l'humanité ( ) ?
Dominique Guillet (Terre de Semence)
Dans quelques jours vous pourrez trouver sur cette page le bulletin de parrainage d'une semence.